Commencer 2017 à Luang Namtha, dans la jungle !

Dernière étape laotienne : pour finir en beauté, nous nous dirigeons vers Luang Namtha, petite ville du Nord Ouest, toute proche de la réserve naturelle de la Nam Tha. Au programme : passage en 2017 mais surtout deux jours de trek dans la jungle encore compagnie d’insectes … et de la pluie !

La route est longue et semée d’embûches

Notre visa laotien se terminant le 3 janvier, nous avons (pour une fois) calculé parfaitement notre itinéraire pour que tout rentre : le 30 décembre on quitte notre petit village de Muang Ngoi pour Luang Namtha (à 230 km), comme ça on passe le réveillon dans la jungle, on a un jour de repos et le 3 : en route pour la Thaïlande ! Y’a plus qu’à…

Nous quittons donc Muang Ngoi en bateau pour arriver à Nong Khiaw. Arrivés à la gare routière, le trajet s’annonce plus que fastidieux car au moment d’acheter les billets, nous ne sommes que deux passagers donc ils ont simplement annulé le bus !

Finalement, on s’en est très bien sorti car au lieu de faire le trajet en deux jours comme c’était parti, nous avons réussi à le faire comme voulu dans la journée : une heure de bateau, trois heures d’attente, six heures dans deux mini-vans tels des sardines (quatre par rangées au lieu de trois) et enfin 10 km de stop ! Autant dire qu’on était un peu trop fatigués pour partir en trek le lendemain. Tant pis, pas de réveillon dans la jungle.

Les préparatifs et le calme passage en 2017

Le lendemain, on fait le tour des agences pour trouver une formule qui nous va. Notre critère : de la jungle, dormir chez l’habitant et surtout beaucoup de marche ! Finalement, on rencontre un français qui bosse sur place et qui nous parle d’un tour un peu difficile dans lequel on passe une nuit dans la jungle avec un guide qui construit un abris en feuilles de bananiers. Il n’en faut pas plus pour nous convaincre ! En bon parigots (ou presque) on a un peu peur de devoir marcher trop lentement et on leur explique qu’on veut un truc plutôt orienté sport et pas promenade. Le patron de l’agence nous répond qu’il y a 2000 mètres de dénivelé positif la première journée et que l’on redescend tout la seconde. On s’est peut-être un peu enflammés … mais ça se tente : « Ça fera une histoire à raconter » !

Notre réveillon ? Sages comme des images : quelques brochettes, une bière et au lit ! Vu ce qu’il nous attend le lendemain, on ne fait pas trop les malins.

Première journée pluvieuse mais heureuse ?

Arrivés à l’agence le lendemain, bonne nouvelle : personne ne s’est ajouté à notre groupe. On ne sera donc que deux avec nos deux guides : Sing et Hon. Le premier, une quarantaine d’années, parle un bon anglais et représente l’expérience et la sagesse. Et le second s’occupera d’ouvrir la marche, de cuisiner, de préparer le camp, de faire le feu, etc, du haut de ses 19 ans !

Nous commençons par faire un tour au marché pour faire quelques courses et nous voilà partis.

Un marché, "same same" but sympa !
Un marché comme beaucoup d’autres (« same same » but sympa)

Le guide nous rassure directement, il n’y a pas 2000 mètres de dénivelé mais plutôt 800 mètres, ce qui nous paraît beaucoup plus cohérent (le sommet le plus élevé du coin culmine à 1600 mètres). En revanche il nous prévient que c’est assez costaud le premier jour, et encore plus le second. Il ajoute qu’il ne se fait pas de soucis, « les français sont de bons marcheurs, pas comme les chinois et les coréens » … la pression !!!

Allez, c’est parti pour la marche. Au bout de dix minutes, il commence à pleuvoir sérieusement… et c’est pas près de s’arrêter.

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Il nous faudra une bonne heure pour entrer à proprement parler dans la jungle. C’est à ce moment là que Sing nous demande si l’on a un briquet car il n’en a emporté qu’un seul … y’a plus qu’à espérer qu’il fonctionne.

Le chemin devient vite très étroit et très raide : c’est parti pour de la grimpette. Hon, le plus jeune, marche devant et disparaît régulièrement dans la jungle : pour cueillir des baies, ramasser une feuille de bananier pour s’en faire un chapeau, couper une autre feuille pour se faire un parapluie, nous montrer des insectes, etc. On s’étonne toujours de le voir s’enfoncer subitement hors du sentier pour revenir avec quelque chose ! Il a l’œil bien entraîné pour repérer le moindre détail.

I'm singing in the rain !
I’m singing in the rain !

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Si à 30 ans, tu n’as pas une parka gold, tu as râté ta vie !

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Autour de midi, on s’arrête pour une pause déjeuner au milieu de la jungle. Hon part nous chercher des feuilles qui feront office de vaisselle, et malgré les bons mets achetés au marché on ne traîne pas car la pluie n’est pas agréable.

Notre festin !
Notre festin !

Pour arriver jusqu’au campement, la descente est bien boueuse et très glissante… on s’est tous cassé la figure au moins une fois… même les guides ! On arrive donc au camp dans un état assez déplorables : trempés jusqu’aux os et couverts de boue ! Nos guides en revanche, malgré plusieurs chutes, semblent encore bien propres. Impressionnant !

Les chaussures des guides... on se demande comment ils ne tombent pas plus souvent !
Vu leurs chaussures, on se demande comment ils ne tombent pas plus souvent !

Nous avons enquillé la première journée en quatre heures au lieu de six ou sept. Et on arrive sur la zone de campement avant 14 h. C’est à ce moment que nos deux guides entrent en action et qu’on commence à se sentir un peu manchots. Hon disparaît, machette à la main, et revient de nulle part avec un tas de feuilles de bananiers sur l’épaule pour préparer le toit du refuge. Mais il pleut tellement qu’on utilise également nos couvertures de survie. Ensuite, Sing a placé plein de petits morceaux de bambou en dessous pour essayer de faire des rigoles et éviter que l’eau s’accumule… le tout recouvert de feuilles de bananiers. Et enfin encore d’autres feuilles pour faire un tapis de sol.

Même si tout ça envoie du pâté, avec le froid et la pluie qui ne s’arrête pas, on en est désormais certains que l’on va passer une sale nuit !

"Ah, c'est pour 4 ? Ce n'est pas juste pour moi ?!"
« Ah, c’est pour 4 ? Ce n’est pas juste pour moi ?! »

Hon part encore à l’aventure pour chercher du bois et pendant ce temps, Sing prépare un « abri » pour faire du feu. D’ailleurs on n’a pas trop compris pourquoi ils avaient décidé de faire du feu le long d’un arbre… mais on était trop congelés pour protester. En tout cas, le briquet fonctionne et on est rassurés !

Faire du feu sous la pluie pour les nuls
Faire du feu sous la pluie pour les nuls

C’est le moment de préparer le repas. Ils ressortent la machette pour fabriquer les ustensiles de cuisine en bambou et en feuille de bananier. On est vraiment impressionnés par leur agilité et leur débrouillardise… ils n’ont qu’à se baisser pour trouver un bout de bois et en faire un outil utile : de vrais MacGyver ! Avec une machette et du bambou ils fabriquent : couverts, tasses, casseroles, ..

On a découvert également que la fleur de bananier se mangeait crue et s’avérait super bonne avec du citron vert, du piment et des cacahuètes broyées !

Fleur de banane
Fleur de bananier
Allez on s'active, j'ai faim moi !
Allez on s’active, j’ai faim moi !
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Broyeur de cacahuètes
Notre casserole
Notre casserole
A table !
A table !
A défaut de chamallow, une banane grillée
A défaut de chamallow, une banane grillée

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Un petit tour pour aller voir la cascade et on se prépare à aller se coucher car à 18h il fait nuit noire. Impossible de dormir à cette heure là, Sing attrape un bout de bois avec lequel il fait plein de petits bâtons pour nous faire résoudre quelques énigmes. Et on finit par se coucher. Beaux rêves en perspective !

Un peu dur de s’endormir avec cette humidité, mais juste quand le sommeil commence à arriver, un morceau du toit se détache et vide l’eau accumulée sur nos pieds… Hon est mort de rire et on essaye de vider les poches d’eau au maximum pour éviter de finir trempés. On est congelés, mouillés et il continue à pleuvoir des cordes. En plus, on n’a pas de moustiquaires donc on se retrouve plein d’insectes… Baptiste découvre qu’une chenille est venue se réchauffer dans son duvet. Bref, toutes les conditions sont réunies pour une nuit paisible, mais on garde le sourire, on sait qu’on en rigolera le lendemain !

Deuxième journée : c’est quand même mieux avec du soleil

Nous sommes réveillés bien avant que le soleil ne se lève, et on guette impatiemment les premières lueurs pour se réchauffer. Hon émerge alors et sort d’un coup de son duvet pour aller chercher du bois et rallumer le feu. C’est parti pour une séance « on se réchauffe tous ensemble autour du feu, en blaguant sur la nuit qu’on vient de passer ». Ils nous fabriquent deux petites tasses pour prendre du thé, préparent du « sticky rice » et des aubergines dans des bâtons de bambou. Rassasiés, on essaye de faire sécher un peu nos vêtements… et c’est reparti sans traîner : grosse journée de marche en perspective !

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Les tasses et le riz cuit dans son bambou

Sing nous explique qu’il y a sept éléphants sauvages dans le parc et qu’ils traînaient pas mal autour du camp il y a deux ans. On n’y croyait pas trop, mais on a vu plein de crottes d’éléphants sur notre chemin. On aurait bien aimé en croiser… nos deux guides un peu moins : apparemment les éléphants sauvages chargent assez facilement.

Pointure 46 VS pied d'éléphant
Pointure 46 VS pied d’éléphant

La dernière partie avant la pause devient un peu compliquée, la végétation est très dense et il faut y aller à la machette. En plus les chemins sont encore très glissants.

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Toujours prêt !

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Mikado géant !
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Arbre « Bouddha » de plus de 500 ans

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Après plusieurs heures de marche,  la jungle se termine, et la végétation moins dense nous permet de voir le ciel tout bleu. Quelques kilomètres à longer (et traverser) une rivière, puis nous nous arrêtons dans un village pour déjeuner chez une famille. On se sent toujours un peu mal à l’aise dans les villages. Toujours cette désagréable impression d’être dans un zoo. Mais on se rassasie, on joue avec les chiots et les cochons et surtout, on sèche un peu au soleil !

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Des pieds fripés, trempés depuis deux jours…

La fin de la route, nous la passerons avec les enfants du village. Toutes les semaines ils marchent pendant 1h30 jusqu’à la ville la plus proche pour aller à l’école, traversant trois rivières et empruntant des touts petits chemins ultra glissants. Durant la saison des pluies, ils ne peuvent pas rentrer pendant un mois car les rivières sont infranchissables. On croisera également des adultes qui rentrent du travail et qui font la route tous les jours. Courageux !

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C’est qui cette manchote au milieu des enfants ?

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Au loin, des hectares d’Hévéa, arbres à caoutchouc

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Arrivés !!!
Arrivés !!!
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Petite pose avec nos guides, avant de courir à la douche !!

On arrive à l’auberge, plein de boue, claqués… On aurait bien voulu rester quelques jours pour se reposer et faire une lessive, mais notre visa expire le lendemain et il est temps pour nous de nous diriger vers la Thaïlande !

6 commentaires sur “Commencer 2017 à Luang Namtha, dans la jungle !

  1. VOUS ME FAITES RÊVER !
    Vos deux guides nous donnent une belle leçon d’humilité et de débrouillardise.
    Chapeau pour votre expédition. Je suis bluffé.

    1. Ouais ils m’ont vraiment bluffé. Surtout le jeune, à 20 ans il saurait survivre dans la jungle une semaine sans aucun soucis !

  2. Olalaaaaa mais quelle aventure génialissime, ça fait du bien de lire ça !!!! J’espère qu’un jour je le vivrai aussi :D Bonne Thaïlande maintenant !

  3. On dirait une nuit digne de Koh Lanta, enfin en plus réaliste ;-) En tous cas, une expérience exceptionnelle j’imagine!

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