Le Huayna Potosi, la tête au dessus des nuages

Dans notre précédent article sur La Paz, nous avons oublié de mentionner un détail. Certes nous avons exploré les marchés des environs, fait un tour sur la route de la mort … mais en réalité en arrivant, nous n’avions qu’une chose en tête : le Huayna Potosi. Cette montagne dont le sommet trône juste au dessus de la symbolique barre des 6000 mètres, nous en avons entendu parler il y a plus de deux mois. Et depuis, on tient absolument à aller grimper là haut !

Le Huayna Potosi

Souvent qualifié de “6000 mètres le plus accessible du monde”, cette montagne doit tout de même être appréhendée avec quelques précautions. Cette appellation vient surtout de sa proximité avec la capitale bolivienne (2 heures de route sur une piste de terre), et de la présence de plusieurs refuges. Elle n’est donc pas le 6000 le plus facile du monde. La nuance est de taille, puisqu’avant d’atteindre le sommet il faudra tout de même :

  • Être à l’aise avec l’altitude (à 6000 mètres, le manque d’oxygène se fait clairement ressentir et limite énormément les capacités physiques)
  • Etre familiarisé avec l’escalade sur glace : sur le chemin il y a plusieurs passages au piolet
  • Ne pas être trop frileux car là haut il faut 3 paires de chaussettes et 5 polaires pour ne pas grelotter !
  • Ne pas avoir peur du noir (la grimpette se fait de nuit), ni avoir le vertige (sauter par dessus des crevasses, longer une crête, ..). Et bien sûr il faut aimer l’effort !
Dès que l’on quitte La Paz, notre objectif est en vue

Bref, beaucoup de conditions doivent être réunies avant d’arriver au sommet. Autre paramètre inconnu : le taux de réussite. Les agences de La Paz annoncent toutes fièrement 80% de succès, mais en parcourant de nombreux blogs et récits sur internet, on a l’impression que ça tourne plutôt autour des 30-40% …

C’est là ! Ou presque…

Il ne nous reste plus qu’à faire un tour pour trouver une agence sérieuse et réputée, et c’est parti ! Nous sommes cinq à tenter cette ascension : un couple de français d’Annecy (Jonathan et Marion), un américain (Matt), et nous. On sympathise rapidement avec nos compatriotes, ce qui n’est pas plus mal pour pouvoir se serrer les coudes pendant l’effort à venir. :-)

Les alpinistes en devenir, sereins avant l’effort

Jour n°1 : L’entraînement

Pour la première journée, après avoir rejoint le camp de base situé au bout de la route de terre (4700 mètres), on enfile les crampons et on attrape nos piolets. Direction le glacier afin de s’initier à l’escalade sur glace. On commence par apprendre les différents “pas” utilisés pour avancer avec les crampons, comment utiliser le piolet, comment marcher encordés par groupes de trois, etc. Notre guide suit apparemment la « méthode française ». La classe !

Ensuite, on saute dans le bain en escaladant un mur de glace d’une dizaine de mètres de haut ! Chacun à notre tour on s’y essaie, avec succès s’il vous plait ! Mais même si on se marre bien, le stress commence à monter : s’il faut faire la même chose pour l’ascension ça risque d’être plus compliqué : de nuit, avec la fatigue et l’altitude, nous n’aurons pas le droit à l’erreur..

Presque en haut !
C’est plus facile de redescendre :-)

Le soir, autour d’un gros repas, on discute avec notre guide qui nous raconte avoir perdu plusieurs de ses amis dans différentes montagnes boliviennes. Il nous confie qu’il aimerait également partir comme ça. Puis il enchaîne en nous narrant les malheurs des victimes du Huayna Potosi : avalanches, œdèmes dus à l’altitude, morts de froid, chaque année a son lot d’accident. C’est rassurant !

Jour 2 : 5130 mètres

Les histoires du guide ne nous ont pas empêchées de bien dormir. Nous ne sommes pas encore très haut donc les effets de l’altitude sont faibles. Et puis il faut dire qu’on est assez bien acclimatés, avec tous les treks effectués au Pérou ! On se réveille donc en forme, et tant mieux car c’est notre dernière “vraie nuit” avant d’entrer dans le vif du sujet.

Avant de rejoindre le dernier camp, on discute avec un groupe qui redescend : cette nuit ils ont tentés l’ascension. Une fille est arrivée au sommet, et autour d’elle que des échecs ! Apparemment seules 7 personnes sont arrivées en haut … sur 30 au départ ! Et l’état de la championne fait peur : elle arrive à peine à tenir debout et à parler. Heureusement on rencontre ensuite 4 autres finishers qui sont en meilleur état. Ils nous rassurent un peu mais tout de même, 7 sur 30..

Pour rejoindre le refuge d’altitude, il faut marcher deux heures et grimper 500 mètres. Il n’y a pas encore beaucoup de neige mais il faut porter : tout le matériel et les vêtements pour cette nuit, de l’eau, nos affaires personnelles, .. soit 15 kg chacun sur le dos. Heureusement ça passe vite et on arrive en début d’après-midi au refuge, à 5130 mètres.

A partir de là, on commence à sentir les effets de l’altitude. Pas encore de mal de crâne, mais nous sommes très facilement essoufflés et on ressent une fatigue générale. On limite les efforts et vers 17 heures on dîne copieusement, avant d’aller se coucher. C’est tôt mais de toute façon la nuit sera courte.

Quelques poèmes recouvrent les murs

Jour 3 : La grimpe

Pendant la nuit, impossible de dormir. Le stress est là, et les effets de l’altitude n’aident pas. D’ailleurs ils n’aident pas non plus notre ami Matt, qui les supporte de moins en moins, au point d’aller vomir vers 22h. C’est mal parti pour lui. A minuit, le réveil sonne et nous sommes vite debout, sauf Matt : il ne pourra pas tenter l’ascension et va directement redescendre au camp de base.

On enfile l’intégralité de notre équipement : 2 ou 3 paires de chaussettes, 5 couches de polaires, un collant, deux pantalons, des gants et sous-gants, un tour de cou, un bonnet, un casque, nos grosses chaussures étanches, les crampons, une frontale et un piolet. Le temps de prendre un petit déjeuner rapide et nous voilà dehors, où la Lune presque pleine nous permet de discerner les contours de la montagne. Là haut, on imagine le sommet. Il fait froid mais c’est tout à fait supportable.

On s’encorde par trois : le guide devant, Marlène au milieu et Baptiste derrière. Marion et Jonathan font de même. On s’est promis d’essayer de rester ensemble et de ne rien lâcher : on ira en haut ensemble, tous les quatre !

Il est 1h30 quand nous commençons à marcher. Le pas est lent, très lent, et ça n’est pas plus mal car ça évite de s’essouffler. Nous allons tout de même marcher pendant plus de 5 heures, autant éviter de gaspiller notre énergie. Rapidement, on croise quelques personnes qui redescendent déjà, parfois en larmes : l’altitude les empêche d’avancer.

Chaque heure à peu près, on fait une pause rapide. On en profite pour systématiquement changer nos chiques de coca et boire, puis on repart avant de se refroidir. Sur le chemin, à la lumière de frontales, on aperçoit des trous dont on ignore la profondeur. Nous restons bien en ligne sur le chemin tracé dans la neige !

Un peu avant 5h du matin, nous voilà enfin au pied du fameux “mur de glace” : une pente de 15 mètres à 80% ! Beaucoup de personnes abandonnent ici. Mais pas nous ! Nous avons encore assez d’énergie pour commencer à grimper, piolet à la main. Il ne faut pas tomber au risque d’emporter toute la cordée. Heureusement nos crampons accrochent bien la glace, et nous amènent rapidement en haut, complètement à bout de souffle ! On s’attendait à pire, mais il nous faudra quand même quelques minutes pour pouvoir respirer à nouveau normalement.

Les premiers problèmes arrivent : Marion n’en peut plus. Elle est tout simplement à bout d’énergie. On l’encourage comme on peut en reprenant la marche, pas question de lâcher ici ! Mais peu après, elle vomit sur le côté et pense ne plus pouvoir continuer. Les guide discutent entre eux et veulent que l’on change les cordées pour qu’elle redescende. Mais non, elle trouve l’énergie pour continuer un peu plus ! On en profite pour prendre chacun un cachet contre le mal d’altitude : on commence à avoir mal au crâne et ça serait con d’arrêter si haut à cause de ça.

Devant nous, d’autres groupes avancent à la lumière de leurs frontales. Mais tout à coup, un énorme bruit secoue la montagne et les guides se mettent à crier : une avalanche démarre, 200 mètres devant nous ! On voit un gros nuage blanc dégringoler le long de la pente, en plein dans une cordée dont la lumière des frontales disparaît … et tout le monde se tait subitement. Un vrai silence de mort. Par chance, après quelques secondes interminables, les lampes réapparaissent et les guides s’appellent entre eux : tout le monde est en vie. Notre guide nous prévient : si on décide de continuer il va falloir courir sur cette partie pour réduire les risques de se faire emporter par une seconde avalanche.  On discute entre nous : “on est pas venus ici pour mourir comme des cons !”, “on est pas allés jusqu’ici non plus pour abandonner, on lâche rien !!” .. et on décide de continuer. Les guides sont d’accord, de toute façon on peut voir qu’ils vivent pour ça : ils sont ici dans leur élément et la montagne ne leur fait pas peur. On ne peut pas en dire autant !

La course est exténuante. Dès les premiers pas nous sommes à bouts de souffle et Marlène chute à plusieurs reprises. Le guide ne s’arrête pas et tire sur la corde : il faut continuer, tout donner ! Un peu partout sur le chemin, des blocs de glace de 3 fois notre taille sont dispersés. La cordée d’avant a vraiment échappé au pire. Au bout, on prend une grosse pause en respirant difficilement. Les guides nous donnent une infusion de coca très forte qui nous soulage. Nous sommes maintenant à 5900 mètres, presque en haut !

Pour la dernière partie, il faut longer une corniche. De chaque côté : des dizaines de mètres de vide. Et il n’y a pas autant de neige qu’on pensait : on doit marcher sur de la roche par endroits, ce qui n’est pas forcément plus facile avec les crampons. Mais sans regarder en bas, en posant un pied devant l’autre … nous voilà en haut ! Quel bonheur, fierté et soulagement : ON L’A FAIT !! Maintenant on peut profiter de la vue qui change rapidement sous le soleil qui se lève. D’un côté de la crête : un tapis de neige qui s’étale jusqu’à l’horizon, au milieu duquel on distingue le chemin que nous avons emprunté. De l’autre : des montagnes et quelques lacs avec l’ombre du Huayna en plein milieu du décor. On fait quelques photos sans trop s’attarder : avec le soleil, la neige devient instable et il faut donc vite entamer la descente. De toute manière nos doigts de pieds sont complètement gelés, il est temps de partir.

La corniche
Photo floue, mais on la garde quand même !!
Les champions du jour

Derrière Marlène, l’ombre du Huayna

Dans ce sens, ça va plus vite ! En une heure et demi nous voilà de retour au refuge. Sur le chemin on peut enfin découvrir les différentes parties empruntées à l’aller : crevasses, formations de glace, pentes gelées et côtes bien raides. Après avoir mangé un morceau au refuge d’altitude, on redescend rapidement au premier chalet où l’on retrouve Matt, pas vraiment remis du mal d’altitude. Encore deux petites heures de voiture sur des chemins de terres interminables et nous voilà à La Paz, où on récupère un tee-shirt souvenir, on engloutit une pizza et .. on va se coucher ! Du repos bien mérité :-)

Après tant d’efforts et un travail mental pour continuer toute la nuit, nous pouvons dire que nous sommes montés à 6088 mètres ! Depuis le temps qu’on y pensait, avec le stress et la peur de l’échec qui montait petit à petit, nous sommes maintenant vraiment soulagés, et fiers de nous ! Pour la suite, on prévoit du repos ? Non, pas le temps ! On va plutôt faire un tour sur la “Route de la Mort“ (cf précédent article) !

6 commentaires sur “Le Huayna Potosi, la tête au dessus des nuages

  1. Chapeau les artistes !!! J’attendais le récit de cette ascension, vous avez l’air d’avoir tout donné : congrats, vous êtes des champions !!!!!

  2. Ahahah et moi qui trouvais que la route de la mort en vtt c’était dingue, mais c’était du pipi de chat à côté de ça! Félicitations, vous devez être super fiers! Vous êtes vraiment des warriors :-)

    1. Salut ! On est passés par l’agence High Camp Lodge. Le prix annoncé était de 1000 bolivianos chacun, ils ne voulaient pas du tout descendre mais on a réussi à tomber à 975 bolivianos. Les gens avec nous ont réussi à descendre à 950 car ils avaient leurs propres sacs de couchage.
      Et il faut aussi payer 20 bolivianos chacun pour l’entrée.

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